Lors de mon premier voyage, après trois semaines sans piano, et sans musique classique à écouter, en pleine jungle au Laos, je commençais à chantonner intérieurement des préludes de Bach. Et à chaque voyage, la musique de Bach revient toujours en premier tournoyer dans ma tête.

 

De ces moments dans la jungle et des rencontres avec les ethnies qui y vivent, je retiens des sensations lumineuses, des couleurs, des rires étincelants, des odeurs très fortes (pluie, chlorophylle, animaux, fumées...). Cet environnement m’émeut encore violemment parce qu’ il ramène aux ressentis primordiaux, à l’essence même de la vie. Parce qu’elle incarne pour moi une énergie vitale, une recherche spirituelle, une grande luminosité, et un amour des autres et de la Vie, la musique de Bach résonnait lorsque je marchais.

Cette expérience m’est apparue comme une évidence, mon premier disque lui serait consacré !

 

J’ai testé ce programme en concert et je me suis préparée à l’enregistrement comme une sportive le fait pour un marathon. J’ai aussi pris conseil auprès du pianiste Bernard d’Ascoli : "J’ai pris grand plaisir à accompagner Amandine dans son travail de recherche autour de la musique de Bach. Suite aux nombreux progrès accomplis par la musicologie ces dernières décennies, présenter Bach au piano de façon neuve et convaincante est aujourd’hui devenu une gageure. Mais lorsque de surcroît, on décide de revisiter Bach en faisant appel à des transcriptions effectuées un ou deux siècles plus tard, il faut alors opérer des choix qui peuvent parfois s’avérer cornéliens.La curiosité et l’intelligence d’Amandine, sa sensibilité et ses grandes capacités pianistiques lui ont permis grâce à un travail approfondi de trouver des réponses que je trouve très convaincantes. Je souhaite à ce disque tout le succès qu’il mérite."

 

Lorsque j’ai posé les doigts pour la première fois sur un piano de concert Steingraeber, j’ai eu l’impression d’avoir affaire à une bête énorme. Ce piano était comme un animal sauvage, je n’arriverai pas à le dompter... Pourtant, petit à petit, en faisant corps avec lui, en cherchant de nouveaux gestes, nous nous sommes apprivoisés et il m’a offert une merveilleuse palette de couleurs, les sonorités idéales pour interpréter Bach. J’ai alors immédiatement proposé mon projet de disque "Around Bach", à Udo Steingraeber qui m’a offert la possibilité d’utiliser leur plus beau piano et d’enregistrer dans leur studio à Bayreuth. J’y ai enregistré ce disque en octobre 2014. Le piano que vous écouterez ici est un Steingraeber E-272, un piano à queue de grand concert, qui a été réinventé au cours des années 1997-2002 sur la base du piano à queue de concert 265 de 1895. Il est apprécié par de nombreux pianistes qui le considèrent comme un des pianos les plus haut de gamme et novateur.

 

Face au dilemme d’enregistrer, et de figer dans le marbre une et une seule version d’Around Bach, j’ai souhaité adopter une démarche qui privilégie une forme de spontanéité, de naturel, proche du concert.J’ai retrouvé cette même envie lorsque j’ai discuté avec Geoff Miles , ingénieur du son et directeur artistique anglais, spécialisé dans l’enregistrement du piano classique. Nous avons décidé ensemble de bannir de ce disque les copier-collers intempestifs. Geoff a conçu des micros expérimentaux adaptés au geste pianistique, qu’il a utilisés lors de l’enregistrement d’Around Bach.

 

Pour financer une partie de mon projet, j’ai utilisé la plateforme de financement participatif Kisskissbankbank qui propose notamment d’acheter le disque en prévente. Cette démarche s’est révélée positive puisqu’un tiers du budget a pu être bouclé grâce à cette collecte.

Génèsis 

 

I wondered among all the composers I loved, which one I would choose if I had to make my first record. My answer was obvious : it would be Johann Sebastian Bach, the father, the Master - impressive and yet reachable - because his music always gives us material to revisit, to rediscover. For a long time my life as a pianist was structured in two areas : music and meetings. Since I was 18, every year, I went a month without instrument, to meet other cultures, trekking in the jungle in South East Asia. These backpack journeys made me live very far from the bustle of concerts and their requirements, in a different time, slower and also helped me to take a step back from my life. On my first trip, after three weeks without the piano, and without classical music to listen to, in the jungle of Laos, I began to sing inside myself Bach’s preludes. And with each trip, Bach’s music always comes first spinning in my head.

 

 

Those moments in jungle meetings with ethnic groups that live there, have left in me strong sensations of light, color, sparkling laughter, strong odors (rain, chlorophyll, animals, fires). This environment moves me violently because it reminds me of the meaning and essence of life. Because it embodies for me a vital energy, spiritual research, high brightness, and a love of others and of life, Bach’s music sounded when I walked.

This experience struck me as clear, my first record would be dedicated to him !

I tested this program in concert and I prepared for recording as a sportswoman does for a marathon. I also took the advice of pianist Bernard D’Ascoli : "I took great pleasure in supporting Amandine with her research into the music of Bach. After the progress in musicology over recent decades, playing Bach on the piano has become a challenge. But when in addition we decided to revisit Bach drawing on transcriptions made one or two centuries later, it was then necessary to make something of a Hobson’s choice. Amandine’s curiosity and intelligence, her sensitivity and her great pianistic abilities allowed her to seek solutions that I find very convincing. I wish this recording all the success it deserves."

 

When I put my fingers for the first time on a Steingraeber concert grand piano, I got the impression of dealing with a huge beast. This piano was like a wild animal - I would not be able to subdue him, but I found little by little unusual sounds by being like one with him, seeking new gestures, and supporting more smoothly every sound and every intention.

After proposing the "Around Bach" recording project, this great piano brand offered me the opportunity to use their best piano, E 272 and to record in their studio in Bayreuth. I recorded this CD in October 2014. The piano you’ll listen is a Steingraeber E-272, a large concert grand piano, which was reinvented in the years 1997 to 2002 based on the earlier grand piano 265 of 1895. It is enjoyed by the many pianists who appreciate these exquisitely crafted and innovative pianos.

Faced with the dilemma of recording, and the idea of freezing in marble one and only one version of «Around Bach», I wanted to adopt an approach that favored a form of spontaneous performance, natural, close to the concert experience. I found the same desire when I spoke with Geoff Miles : an English engineer and producer, specializing in recording classical music. We decided together that we would follow this approach in making this recording, and that small-scale error correction and musical bureaucracy would be banished from this project !! Geoff has designed experimental microphones deliberately intended to clarify and amplify piano gesture - and these we used when recording Around Bach.

To part finance my project, I used the Kisskissbankbank crowd funding platform, offering the opportunity to a subscription audience to buy the disk in advance. The approach has been positive since a third of the budget was funded this way.Finally, I met Bruno Letort, who proposed the involvement of Musicube, a label that embraces sound adventure, which matches Around Bach !